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Dans les années cinquante, à Montmartre, un quartier de Paris, Pierrot, chef d'une bande de gamins d'une dizaine d'années toujours accompagné de sa petite sur, découvre un magnifique cerf-volant échoué dans un arbre. Grâce à une ruse, Pierrot et ses amis récupèrent le cerf-volant et y découvrent une lettre écrite en chinois. Grâce à un antiquaire chinois qui leur traduit la lettre, les enfants apprennent que le petit garçon chinois qui a écrit la lettre, Song Tsiao Tsing, attend une réponse à sa lettre. Hélas, l'adresse est restée dans la queue du cerf-volant volée par d'autres garçons de la bande, avec Bébert à leur tête. L'antiquaire chinois leur apprend également que le personnage représenté sur le cerf-volant est Sou Wou Kong, le roi des singes. Pierrot, au fond de son lit rêve que Sou Wou Kong le transporte, lui et sa sur, en Chine. Voilà les deux enfants à Pékin, bien décidés à retrouver avec leur nouvelle bande de copains chinois, le petit garçon qui a écrit la lettre trouvée dans le cerf-volant.
Comme Le ballon rouge, d'Albert Lamorisse, le cerf-volant
du bout du monde mériterait d'être un classique du cinéma
pour la jeunesse. C'est toute une époque qui revit à l'écran
: Pierre Prévert était conseiller technique ; Henri Alekan,
chef opérateur. Et la réalisation de cette première coproduction
franco-chinoise était un petit événement. Aujourd'hui,
son message de fraternité semble aussi candide que généreux.
On sourit à entendre ce dialogue populo dans la bouche des enfants,
ou devant ces trucages à la Méliès, qui font apparaître
un bon génie aux côtés de Pierrot. Mais les spectateurs
qui avaient 10 ans à la fin des années 50 éprouveront
une vraie nostalgie. Ils retrouveront un Montmartre inattendu, avec ses terrains
vagues et ses palissades en bois. Et que dire du charme des Tractions, des
4 CV et des Dauphines, que l'on voit, sillonnant les ruelles du 18e arrondissement
?
B.G.
Télérama n°2293
Vu aujourd'hui, Le Cerf-volant du bout du monde garde une
certaine fraîcheur, une qualité qui persiste malgré la
naïveté de son propos d'ensemble. Le film nous parle d'amitié,
de solidarité, de coopération entre les enfants vivant dans
des pays aussi éloignés que peuvent l'être la France et
la Chine, "du bout du monde". A la sortie du film, c'est le critique
communiste Georges Sadoul qui écrivait dans Les Lettres françaises
du 26 décembre 1958 : "Et il passionne aussi les adultes, en leur
donnant à découvrir la plus grande partie du monde, la plus
peuplée, la plus mal connue et la plus attirante. " Quarante ans
après cette réalisation, notre regard sur la Chine s'est enrichi
de ces dizaines d'années d'histoire qui ont bouleversé les idéologies.
Nous avons appris à être moins crédules, peut-être
aussi moins manichéens, à nous méfier de ceux qui prônent
les lendemains qui chantent. Le Cerf-volant du bout du monde est la première
coproduction cinématographique franco-chinoise. Après plus de
quinze scénarios écrits et refusés par les responsables
chinois, Roger Pigaut s'installa à Pékin et travailla avec le
réalisateur Wang Kia Yi, qui cosigna avec lui la réalisation
de ce qui devait devenir finalement un long métrage. Roger Pigaut découvrit
le personnage du Roi des Singes, acrobate et magicien, Sou Wou Kong, héros
de vieilles légendes chinoises. Avec lui, tout devenait possible et
surtout le rêve de se transporter de Paris à Pékin. Les
chinois souhaitaient, comme le dit très justement Henri Alekan, que
ce film donne une bonne image d'eux-mêmes. A la sortie du film en France,
le journal Paris-Presse mettait en avant l'honnêteté du metteur
en scène : "C'est une Chine idéale, une Chine imaginaire
qu'il nous montre, puisque les enfants rêvent. Et chacun conclura comme
il voudra." Avec ses qualités, et malgré ses défauts,
le film reste aujourd'hui un bel hymne à l'amitié entre les
peuples et à une meilleure compréhension entre des cultures
fort différentes.
Gérard Lefèvre